Netflix, le suicide, l’analyse des médias et mon séjour à l’urgence…

Depuis plusieurs jours on parle beaucoup de la série “13 Reasons Why” dans les médias. On peut lire une panoplie d’opinions provenant de spécialistes, d’intervenants et de chroniqueurs sur cette série et la fameuse scène de suicide. Des opinions sur le fonctionnement de la psyché humaine, des analyses et des mises en garde plutôt froides. Plusieurs sont inquiets de l’influence que cette série pourrait avoir chez certains jeunes plus vulnérables de par le fait que le suicide pourrait être perçu comme étant romancé ou comme étant la seule solution pour mettre fin à la souffrance.

On peut y lire des analyses. Des statistiques. Des opinions. Des chiffres… tous semblent inquiets du phénomène et pourtant, aucun de ces textes ne s’adresse directement aux personnes concernées, ceux qui souffrent pour de vrai. Ce n’est que de la nouvelle. Le sujet à la mode et ce que je regrette de constater c’est qu’on semble oublier que derrière la souffrance, derrière la maladie mentale, il y a un humain. Je me demande bien ce qu’il se dit en lisant ce genre de texte robotique, glaciale et dénuée d’émotion, ces humains. C’est comme si on voulait traiter le problème d’une personne en oubliant que c’est une personne et non une équation à résoudre sur un tableau…

J’ai donc envie de m’adresser directement aux gens, jeunes ou moins jeunes, qui seraient susceptibles d’être influencés par cette série ou qui sont dans une passe sombre, voyant comme seule issue, la mort.

Il y a plus d’un an, j’étais dans cette situation. J’avais complètement perdu le contrôle de ma vie et le pire c’est que je ne savais même pas ce qui m’arrivait. Avec du recul aujourd’hui, je sais maintenant que c’était un cumulatif de plein de choses. Mais lorsqu’on est dans cet état, il est impossible d’avoir du recul et surtout, d’être rationnel. On est complètement aspiré dans un vortex dont il est impossible de se sortir SEUL.

Je souffrais énormément sans savoir pourquoi, je n’avais plus de volonté…vivre était devenu pénible. C’est dans une isolation totale que j’ai commencé à fumer du pot. Beaucoup de pot. Du genre que j’aurais pu fournir une partie de la chine en weed tellement je fumais. Je n’avais pourtant jamais été un “fumeux d’pot”. Mais j’étais tanné de souffrir et c’est la première solution qui m’est venue en tête. Me geler. Ç’a marché pendant un certain temps. Je riais de nouveau, j’étais capable de sortir de mon appartement pour aller mettre les vidanges, j’avais même recommencé à prendre des douches…parce que je trouvais ça drôle être batté sous la douche. Évidemment, j’ai choisi la PIRE des solutions pour régler mon problème, car quand je redevenais sobre, j’avais tout de suite envie de me geler la face à nouveau. Heureusement, j’ai réalisé que j’étais en train de carrément me créer un problème de dépendance et que c’était totalement stupide de tenter de régler un problème en n’en créant un autre. J’ai donc arrêté de fumer du pot. BTW, je ne dis pas que cette drogue c’est le diable en personne. Dans un party, entre amis ou pour écouter un film, c’est chill, au même titre que la bière. Mais cette drogue ne doit jamais servir à régler un problème personnel… tout comme l’alcool d’ailleurs. Il est là le danger selon moi. Well, my 2 cents.

Ayant arrêté de consommer, c’est comme si tous ce qui avait de sombre en moi c’étaient amplifiés. Encore plus isolé du monde entier, car je ne voulais pas que personne ne me voie dans cet état et à court de solution, le suicide s’est soudain présenté à moi. Un moyen de mettre fin à ces souffrances une bonne fois pour toutes. J’étais tellement désespéré que ça me soulageait de savoir qu’il y avait cette alternative. Je n’avais qu’à tirer la plogue et merci bonsoir la tristesse et la souffrance! J’ai donc élaboré un plan. Un plan de suicide. J’avais prévu de prendre de l’aspirine pour éclaircir mon sang, me mettre dans un bain d’eau chaude afin de dilater les pores de ma peau et de me couper les veines. Voilà c’est dit. C’est la première fois que je parle de ce plan publiquement. Je ne l’ai jamais fait avant, par honte. Même mes parents ne le savent pas. Ben, maintenant ils vont le savoir…

Comprenez ici qu’il y a deux types de personnes. Ceux qui parlent de leur envie d’en finir qui se trouve à être un cri du coeur afin de recevoir de l’aide, cri à prendre très au sérieux et, il y a ceux qui ont un plan d’établi et qui n’en parle pas. Ceux-là, il faut savoir être aux aguets et être très observateur afin de déceler tous types de changements comportementaux aussi minimes soient-ils. Car la question avec eux n’est pas de savoir s’ils vont le faire ou non, mais plutôt de savoir quand vont-ils passer à l’acte.

Pour ma part, le changement dans mon comportement fut décelé par des amis qui, à force de ne plus leur répondre, ont réalisé que je m’isolais. Heureusement pour moi, car si ce n’était pas d’eux, je ne serais plus de ce monde. Je lis souvent des messages de préventions contre le suicide disant qu’il faut en parler à tout prix si on y pense sérieusement. La réalité c’est que, quand on est décidé à le faire, on le fait. On ne parle pas. D’où l’importance d’avoir ou d’être un bon entourage pour quelqu’un qui nous est cher. Savoir être à l’écoute des gens autant dans le verbal que dans le non verbal peut réellement sauver des vies.

Mon entourage m’a fait réaliser que j’avais des œillères qui m’empêchaient de voir la multitude de solutions qui s’offraient à moi, outre que le suicide. J’ai donc pris mon courage à deux mains et je me suis présenté à l’urgence. J’ai tout raconté ce que je vivais, mes intentions, mon plan, la drogue TOUTE. Le lendemain j’étais officiellement suivi par un psychiatre et quelques semaines plus tard j’apprenais que j’étais bipolaire de type deux et atteint d’un trouble d’anxiété généralisé…

Depuis je suis un traitement. Il n’est pas parfait et même après 7 mois je dois encore faire des modifications de dosage et bla bla bla mais le plus important c’est que, je n’ai plus mal. Je sais maintenant ce qui me faisait tant souffrir, je le comprends et j’apprends à vivre avec. C’est pas toujours facile. Des fois encore je passe de sales journées. Je me pose des questions existentielles sur ma vie et ce que j’ai l’intention d’en faire. Chose certaine, la dernière de mes intentions c’est d’y mettre fin. J’ai beaucoup appris sur moi. J’ai appris à écouter mon corps et à sonner des cloches quand je crois qu’un truc dans ma tête déconne.

Aujourd’hui, j’ai toute la vie devant moi pour me retrouver et lorsque ce sera fait, je serai un train qui défoncera toutes les portes sur son passage! Quel gâchis ça aurait été que de me tuer. Toutes les choses auxquelles je serais passé à côté. Je me trouve tellement con d’y avoir pensé ne serait-ce qu’une seule seconde.

Je sais que ce n’est pas facile. Je sais ce que sait que de se faire intimider, de voir des fausses rumeurs sur soit circuler sur le net, d’avoir l’impression que personne ne peut comprendre notre souffrance, d’être à bout de souffle et de simplement vouloir en finir, de manquer de force ou de penser que tout le monde se câlice de notre existence… je sais ce que c’est. Mais le suicide ce n’est pas une solution, c’est la preuve d’un manque de solution et croyez-moi, il y a toujours une solution. Toujours.

Je vais vous dire ce que j’aurais aimé que l’on m’enseigne lorsque j’étais dans la période la plus creuse de mon existence: que c’est à nous de faire le premier pas pour s’en sortir. Vous n’avez pas envie de parler à personne? FINE, allez à l’urgence raconter votre histoire. Qu’est-ce que vous avez à perdre à part une journée de votre vie? Qui plus est, cette journée pourrait s’avérer être le commencement d’une nouvelle vie tellement plus joyeuse et colorée.

Souffrir en silence c’est l’équivalent d’écouter la playlist que t’avais fait avec ton ex, dans le seul but de te faire mal. Ne fais pas la même gaffe que moi. Fais le premier pas et tu verras, l’autre pied va suivre assez vite.

Je t’aime.
-mTTb

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